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Bébé préfère un côté : comment reconnaître une asymétrie posturo-motrice ?

22/01/2026
Bébé préfère un côté : comment reconnaître une asymétrie posturo-motrice ?
Bébé tourne toujours la tête du même côté ? Différenciez normalité et pathologie. Signes d'alarme et solutions concrètes

Votre nourrisson tourne systématiquement la tête du même côté ? Cette situation, qui concerne 8,2% des bébés avant 6 mois, inquiète légitimement de nombreux parents. Entre une simple préférence positionnelle bénigne et une asymétrie nécessitant une prise en charge kinésithérapique, la frontière peut sembler floue. Morgane Delwiche, kinésithérapeute spécialisée dans la prise en charge du nourrisson à Assesse, vous aide à distinguer la normalité de la pathologie, à reconnaître les signaux d'alarme et à découvrir les solutions concrètes pour accompagner votre bébé vers un développement harmonieux.

  • Effectuez un test simple de mobilité cervicale : placez une main sous la tête de votre bébé et vérifiez doucement que son menton peut dépasser l'épaule de chaque côté - si ce n'est pas le cas, consultez rapidement
  • Agissez dès les 3-4 premières semaines si votre bébé maintient sa tête tournée du même côté plus de 75% du temps, car 85% des asymétries se corrigent avant 6 mois avec une prise en charge précoce
  • Limitez drastiquement le transat et le cosy : chaque heure passée dans ces équipements double le risque de déformation crânienne (privilégiez le portage après les repas plutôt que le transat dont l'efficacité anti-reflux n'est pas prouvée)
  • Surveillez les facteurs de risque spécifiques : jumeaux (56% développent une plagiocéphalie contre 11-13% des enfants uniques), position en siège pendant la grossesse, ou accouchement avec forceps nécessitent une vigilance accrue

Asymétrie bébé : différencier une préférence normale d'un trouble postural

La préférence positionnelle bénigne : quand ne pas s'inquiéter

Les chiffres peuvent rassurer les parents : si 8,2% des nourrissons présentent une asymétrie avant 6 mois, seulement 2,4% conserveront cette particularité à l'âge de 2-3 ans. La préférence positionnelle bénigne se caractérise par un élément essentiel : votre bébé garde la capacité de tourner la tête des deux côtés lorsqu'un stimulus l'attire, même s'il privilégie naturellement une direction.

Cette préférence temporaire s'observe souvent chez les nourrissons qui peuvent atteindre leur épaule avec le menton de chaque côté, sans limitation d'amplitude (la mobilité normale de rotation cervicale étant d'environ 110° de chaque côté). Les mouvements restent fluides, sans tension musculaire palpable au niveau du cou. Pour vérifier vous-même ces amplitudes, placez délicatement une main sous la tête de votre nourrisson et guidez doucement sa rotation : si le menton dépasse l'épaule sans résistance ni inconfort de chaque côté, l'amplitude est normale. Dans la majorité des cas, cette asymétrie légère évolue favorablement avec quelques ajustements simples du quotidien et disparaît progressivement avec la maturation neuromotrice.

L'asymétrie posturo-motrice pathologique : les critères d'identification

L'asymétrie pathologique se définit précisément : votre bébé maintient sa tête tournée du même côté plus de 75% du temps, que ce soit en éveil ou pendant le sommeil. Cette préférence marquée donne au corps une posture caractéristique en "virgule", en "banane" ou en "scoliose en C", où l'ensemble du tronc suit l'orientation de la tête. Les kinésithérapeutes distinguent trois types principaux de torticolis : le torticolis avec rétraction du muscle sterno-cléido-mastoïdien (46% des cas) présentant une contracture et une limitation des amplitudes passives, le torticolis avec tension musculaire rendant la réduction difficile, et le torticolis postural sans raideur ni limitation des amplitudes passives mais avec une préférence marquée.

Contrairement au torticolis musculaire congénital où les muscles du cou sont contractés et limitent physiquement le mouvement, l'asymétrie posturo-motrice n'empêche pas techniquement la rotation. Votre bébé peut tourner la tête des deux côtés si vous l'y encouragez, mais il revient systématiquement à sa position préférentielle. Cette distinction reste cruciale car 80% des cas s'accompagnent d'une plagiocéphalie, cet aplatissement caractéristique de l'arrière du crâne qui touche préférentiellement le côté droit dans 61 à 67% des situations (cette prédominance s'expliquant par la position « occiput iliaque gauche antérieure » du fœtus lors de l'engagement, où l'os du bassin maternel appuie sur la partie arrière droite du crâne durant la grossesse et l'accouchement).

À noter : Pour évaluer objectivement la sévérité d'une plagiocéphalie, mesurez la différence entre les deux diagonales du crâne de votre bébé. Une différence inférieure à 3mm est considérée comme normale, entre 3mm et 12mm indique une forme légère à modérée, et supérieure à 12mm révèle une forme modérée à sévère nécessitant une prise en charge rapide. Pour le torticolis, l'inclinaison se classe en légère (0-15°), moyenne (15-30°) ou sévère (30-45°), tandis que le déficit de rotation se catégorise en léger (0-30°), moyen (30-60°) ou sévère (60-90°).

Les signaux d'alarme de l'asymétrie du bébé à surveiller

Plusieurs signes doivent vous alerter et justifient une consultation rapide. Observez si votre bébé tourne la tête moins souvent et moins longtemps d'un côté, même s'il reste capable de le faire. Cette asymétrie dans l'utilisation spontanée constitue souvent le premier signal repéré par les parents, parfois dès la maternité ou dans les 3-4 premières semaines de vie. Certains facteurs augmentent significativement le risque : les facteurs prénataux incluent la primiparité, la position en siège ou transverse, l'oligoamnios, et particulièrement la grossesse multiple (56% des jumeaux développent une plagiocéphalie contre seulement 11-13% des enfants uniques), tandis que les facteurs périnataux comprennent un travail long ou très court, une sortie instrumentale par voie basse, un circulaire du cordon ou une bretelle.

L'asymétrie ne concerne pas uniquement la tête. Vous pourriez remarquer qu'un bras reste plus souvent fléchi tandis que l'autre s'étend, ou qu'une jambe semble plus active. Lors de l'allaitement, un sein peut être nettement plus difficile à prendre que l'autre, traduisant une gêne positionnelle (attention particulière si votre bébé présente un frein de langue court : cette restriction anatomique, rattachée à l'os hyoïde lui-même relié au crâne et aux cervicales, entraîne des compensations posturales dès 16 semaines de grossesse lors des premiers mouvements de succion, constituant le siège d'une future asymétrie posturale souvent accompagnée de reflux et de troubles du sommeil). Le corps adopte progressivement une posture déséquilibrée : tête en extension, tronc incurvé, membres asymétriques dans leur tonus et leur utilisation.

L'aplatissement visible du crâne d'un côté représente une conséquence directe de cette position préférentielle maintenue. Selon les études récentes, 46,6% des bébés âgés de 7 à 12 semaines présentent déjà une plagiocéphalie, signe que l'asymétrie s'installe rapidement. Un principe fondamental guide l'observation : aucune préférence de côté, y compris pour l'utilisation d'une main, n'est physiologique avant l'âge d'un an.

Exemple concret : Emma, 8 semaines, présente depuis la naissance une préférence marquée pour tourner la tête à droite. Ses parents remarquent qu'elle peine à prendre le sein gauche lors de l'allaitement et que sa tête reste tournée à droite environ 90% du temps. L'examen révèle une plagiocéphalie débutante avec une différence de 5mm entre les diagonales crâniennes et une inclinaison cervicale de 20° à droite. Née par forceps après un travail long, Emma cumule plusieurs facteurs de risque. Grâce à une prise en charge kinésithérapique débutée à 2 mois, incluant 3 séances hebdomadaires et des exercices quotidiens à domicile, l'asymétrie s'est totalement corrigée en 8 semaines, évitant ainsi l'installation de compensations durables.

Agir efficacement contre l'asymétrie posturo-motrice de votre bébé

Les gestes préventifs quotidiens à adopter immédiatement

La prévention commence par une révision complète de l'environnement de votre bébé. Limitez drastiquement l'utilisation des dispositifs contraignants comme le cosy en dehors de la voiture, le transat ou les cale-têtes. Chaque heure passée dans ces équipements multiplie par deux le risque de déformation crânienne. Concernant spécifiquement le transat, son efficacité supposée comme « anti-reflux » après un biberon n'a jamais été prouvée scientifiquement : votre nourrisson peut être mis au sol juste après le repas (si il régurgite sans montrer de signe d'inconfort, c'est un reflux naturel), et un temps en portage en écharpe, porte-bébé ou dans les bras favorisera davantage la digestion. Privilégiez plutôt la motricité libre sur un tapis ferme, permettant à votre nourrisson d'explorer naturellement ses capacités motrices.

Le "tummy time" constitue un exercice essentiel : proposez 3 sessions quotidiennes de 10 à 15 minutes sur le ventre, toujours sous surveillance attentive. Cette position renforce les muscles du cou et du dos tout en soulageant la pression sur l'arrière du crâne. Pour optimiser ces séances, aidez votre bébé à se tourner du dos vers le ventre en repliant l'une de ses jambes, gardez une main sous son thorax pour réduire les contraintes sur ses épaules fragiles, placez un miroir face à lui pour l'encourager à redresser la tête, disposez un livre sensoriel sous ses mains et utilisez un bâton de pluie pour maintenir son intérêt pendant toute la durée de l'exercice. Pour stimuler les rotations spontanées, alternez régulièrement l'orientation de votre bébé dans son lit en inversant tête et pieds. Les nourrissons préférant naturellement regarder vers la pièce plutôt que vers le mur, cette simple rotation encourage les changements de position.

  • Variez systématiquement les positions lors du biberon en changeant de bras
  • Utilisez des objets contrastés noir et blanc avant 3 mois pour attirer l'attention du côté négligé
  • Appliquez la règle du "70/30" : le crâne repose sur le côté proéminent 70% du temps
  • Favorisez le portage en écharpe ou dans les bras en variant les positions

La prise en charge kinésithérapique spécialisée en Belgique

Les recommandations de la Haute Autorité de Santé de 2021 sont claires : la kinésithérapie doit être prescrite systématiquement en présence d'un défaut de mobilité cervicale. Le kinésithérapeute réalise d'abord un bilan neuromoteur complet, évaluant les amplitudes de rotation et identifiant d'éventuelles tensions musculaires. Cette évaluation initiale permet de différencier précisément une asymétrie posturo-motrice d'un torticolis musculaire congénital. Lorsqu'un torticolis est diagnostiqué, l'examen clinique des hanches doit être particulièrement soigneux (même en absence d'autres facteurs de risque) afin de dépister une éventuelle maladie luxante des hanches, et le reste de l'examen recherche systématiquement une asymétrie globale du tronc (scoliose du nourrisson), des anomalies positionnelles ou congénitales des pieds (pied talus, pied bot varus).

Le traitement repose sur des techniques de thérapie manuelle adaptées au nourrisson, incluant des stimulations sensorimotrices douces et globales. Par des guidages manuels, visuels et auditifs adaptés, le thérapeute encourage votre bébé à explorer le côté négligé. Le travail englobe l'ensemble du corps pour équilibrer le tonus musculaire, car l'asymétrie cervicale retentit sur toute la posture. Les parents apprennent des exercices spécifiques à reproduire quotidiennement, leur implication étant déterminante pour le succès thérapeutique.

La durée du traitement varie selon l'âge de début et l'investissement familial. L'automatisation des rotations en éveil s'obtient généralement en 3 à 6 semaines, tandis que les rotations spontanées pendant le sommeil nécessitent plusieurs mois. Cette temporalité suit naturellement le rythme développemental de chaque enfant. Il faut savoir que dans 50% à 30% des cas de torticolis chez le nourrisson, il persiste après la rééducation des anomalies comme l'asymétrie du visage, une plagiocéphalie résiduelle ou la persistance d'une inclinaison de la tête, d'où l'importance d'un suivi régulier et d'une prise en charge complète.

Conseil pratique : Pour maximiser l'efficacité du traitement kinésithérapique, tenez un carnet de bord quotidien notant les progrès de votre bébé : temps passé la tête tournée de chaque côté, durée des exercices réalisés, réactions pendant le tummy time. Ces observations permettront à votre kinésithérapeute d'ajuster précisément le programme thérapeutique et de mesurer objectivement les améliorations semaine après semaine.

L'importance cruciale d'une intervention précoce

Les statistiques parlent d'elles-mêmes : 85% des asymétries se corrigent avant 6 mois lorsqu'elles bénéficient d'une prise en charge précoce. L'étude de Demirbilek sur le torticolis congénital révèle des chiffres encore plus marquants : aucun bébé traité avant 3 mois n'a nécessité de chirurgie, contre 100% de ceux pris en charge après 2 ans. Après l'âge de 1 an, la rééducation n'est plus efficace et en cas de persistance du torticolis (environ 10% des cas), un traitement chirurgical peut être proposé vers l'âge de 2 ou 3 ans, intervention lourde qu'une prise en charge précoce permet d'éviter dans la quasi-totalité des situations.

Sans traitement adapté, l'asymétrie posturo-motrice génère des conséquences durables. Le bébé qui explore insuffisamment un côté intègre ce schéma corporel asymétrique comme référence. La motricité globale (marche, course, saut), la motricité fine (graphisme, écriture) et la coordination (sport, apprentissages scolaires) deviennent plus coûteuses en énergie et complexes à maîtriser. Des problèmes dentaires, des déformations faciales et des troubles posturaux persistants peuvent s'installer à long terme.

La consultation dès les premiers signes, idéalement dans le premier mois de vie, optimise les chances de récupération complète. Plus la prise en charge débute tôt, plus elle sera courte et efficace, le crâne encore très malléable se reconfigurant facilement dans les premiers mois.

L'asymétrie posturo-motrice du nourrisson représente un enjeu développemental majeur nécessitant vigilance et réactivité. Morgane Delwiche, kinésithérapeute à Assesse, accompagne les familles confrontées à cette problématique avec une approche personnalisée et bienveillante. Formée aux techniques spécifiques de thérapie manuelle du nourrisson, elle propose un suivi adapté intégrant évaluation précise, traitement kinésithérapique spécialisé et accompagnement parental. Si vous observez une préférence positionnelle persistante chez votre bébé, n'hésitez pas à consulter rapidement pour bénéficier d'une prise en charge précoce et efficace dans la région d'Assesse.